Le mot #58 : Échalote

Ecrire un article sur l’origine du mot « échalote » ne manquera sûrement pas de surprendre, voire de faire sourire. Impossible pour vous, à l’instant T, de vous départir de l’image de ce petit et si coutumier panier en osier garni d’oignons, d’ail et d’échalotes, innocemment niché sur votre plan de travail, là dans votre cuisine ? Vous vous posez alors tout simplement la question : « Pourquoi, mais pourquoi ce choix ? Pourquoi diable l’échalote ? ». C’est peut-être pour vous un symbole de la plus extrême immédiateté, l’expression du prosaïque. C’est vrai, mais c’est aussi l’occasion de dévoiler l’origine insoupçonnée et fascinante de ce nom pourtant si familier. Tout en rebondissements… d’échalotes (facile) !

Commençons d’abord par écarter quelques excentricités. Rassurez-vous tout de suite, il ne s’agira pas ici de vous faire pleurer, ni de vous faire éplucher un quelconque légume, ni même de vous farcir la fameuse recette de la sauce béarnaise faite maison et dont l’ingrédient essentiel, avec bien sûr l’estragon, n’est autre que notre bien aimée échalote, dommage pour nos amis cuisiniers ! Ici, il ne s’agira donc pas de vous induire en erreur, ni de vous précipiter aveuglément dans une infructueuse et hasardeuse course… à l’échalote : d’accord, je sors !

Alors, avez-vous au moins deviné de quel coin pouvait bien nous venir, seulement, ce condiment?

Roulements de tambour : l’échalote est liée… à la ville d’Ashkelon ! Oui, vous avez bien lu, d’Ashkelon (אַשְׁקְלוֹן) en Israël (יִשְׂרָאֵל). En effet, le terme français « échalote » provient du latin « Ascalonia cepa » qui signifie « oignon d’Ascalon », Ascalon n’étant autre que le nom français donné à la ville israélienne d’Ashkelon. Originaire d’Asie centrale, l’échalote était présente dans le Levant, il est vrai, lors de la Première Croisade. De là, les Croisés introduisirent cette plante bulbeuse si savoureuse dans le monde franc et, partant, dans tout l’Occident.

Dans Le Pèlerinage de Charlemagne, chanson de geste à l’image de La Chanson de Roland, on retrouve justement un usage de l’ancêtre du mot français « échalote » alors dénommé « escaluigne » : qui à lui seul nous laisserait presque imaginer les alexandrins de cette Chanson franque, au charme croisé tout médiéval, où Charlemagne fait bien escale à Constantinople, alors Secunda Roma, avant de poursuivre son pèlerinage jusqu’à Jérusalem.

Si cette rencontre originale entre l’échalote et Ashkelon en fera boguer plus d’un, elle nous rappelle surtout que le plus ordinaire quotidien tire parfois son origine du plus extraordinaire et plus merveilleux (et finalement si proche) lointain.

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pixabay.com

 

 

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